LE JOURNAL DE JULES RENARD

par Jean-Louis Trintignant
avec Manuel Durand, Jean-Louis Bérard, Joëlle Belmonte.

Mise en scène :
Jean-Louis Trintignant avec le regard complice de Gabor Rassov

Création lumières :
Alain Chapuis


Entretien

Cela fait longtemps que vous pratiquez le Journal de Jules Renard ?
Jean-Louis Trintignant : Oui, on peut le dire. C'est un livre auquel je suis très attaché. Le genre d'ouvrage qu'on lit d'une seule traite - il y a plus de 1000 pages. Il y a dans ces notations quotidiennes de Jules Renard un humour un peu désespéré mais quand même assez tendre. Il est parfois cynique aussi. Il parle de lui, de ses rapports avec les gens, de son écriture, mais tout cela reste modeste car il a trop d'humour pour être prétentieux. Le journal, c'est un fourre-tout dans lequel on peut mettre ce qu'on veut. J'aime beaucoup cette forme littéraire parce qu'elle est très ouverte. Moi-même j'ai essayé d'écrire mon journal de 50 ans à 51 ans, mais ce n'était pas bien. Le Journal de Jules Renard a été publié après sa mort. C'est sa femme qui a apporté le manuscrit à l'éditeur, elle en avait coupé environ un tiers parce que c'étaient des passages qui lui déplaisaient personnellement.

Il y a une grande lucidité aussi dans ce journal et même parfois de la cruauté. Renard est méchant quand il s'y met...
Jean-Louis Trintignant : Il a cet esprit à la fois cynique et tendre, acide et poétique. Il écrit, par exemple : " Je connais des femmes laides qui sont quand même enceintes ", c'est très méchant. Ou encore : " Un croyant en train de se noyer, s'il joint les mains pour prier, il coule ". Mais il écrit avec une grande lucidité et en toute franchise ce qui est rare. C'est peut-être un signe de vieillissement, mais je trouve qu'on vit une époque où le mensonge est partout. Tout le monde ment, c'est devenu la chose la plus naturelle du monde. Cela dit le Journal de Renard ne contient pas que des traits brillants ou spirituels. Il y a ce passage où il raconte le suicide de son père, et là ce n'est pas drôle du tout. Mais c'est écrit avec une simplicité, une vigueur telle que j'ai eu envie de rendre compte de cela sur scène. Tenez, encore un mot, sachant qu'il n'en avait plus pour longtemps à vivre - il est mort à 46 ans -, on a demandé à Jules Renard s'il désirait que l'on dise quelque chose à son enterrement, c'est une époque où l'on faisait beaucoup de discours. Il a rétorqué : " Parlez si vous voulez, moi je ne répondrai pas ". C'est drôle et en même temps c'est tragique, c'est la mort.



Extraits du Journal de Jules Renard

"Pendant la guerre, il a dû se résoudre à manger son chien Médor. A la fin du repas il ne restait que quelques os. Il dit avec tristesse : "Médor aurait adoré"."

"A la Gloriette. J'écoute le crapaud. Régulièrement s'échappe de lui une goutte sonore, une note triste. Elle ne semble pas venir de terre : on dirait la plainte d'un oiseau perché sur un arbre. C'est le gémissement obstiné de toute la campagne ruisselante de pluie. Un aboiement de chien, un bruit de porte le font taire. Puis il reprend : " Ou ! Ou ! Ou ! " Mais ce n'est pas cela. Il y a une consonne ayant cette syllabe, je ne sais quelle consonne de gorge, une h un peu aspirée, un peu le bruit de la bulle qui vient crever à la surface d'une mare.
C'est autre chose encore. C'est le soupir d'une petite âme. C'est infiniment doux.
Et, comme jamais personne ne lui répond, aucune âme soeur, il finit par se taire tout à fait."

"J'ai connu un oiseau qui tombait par terre chaque fois qu'il voulait s'endormir sur une branche".

"Des jeunes gens de vingt ans m'ont dit :
- Vous êtes plus fort que La Fontaine.
Quand je répète cela, je dis :
- Ils sont jeunes et candides, mais extraordinairement intelligents pour leur âge."

"Si j'avais du talent, on m'imiterait. Si on m'imitait, je deviendrais à la mode. Si je devenais à la mode, je passerais de mode. Donc, il vaut mieux que je n'aie pas de talent".

"Ecrire c'est une façon de parler sans être interrompu".



Jules Renard

Jules Renard est né le 22 février 1864. Il grandit dans la Nièvre à Chitry-les-Mines, pays de son père. Il arrive à Paris en 1881. A partir de 1986, il loue chaque année d'avril à octobre La Gloriette, une belle maison à quelques centaines de mètres de la maison de Chitry. Lorsqu'en 1889 de jeunes écrivains fondent le Mercure de France, Jules Renard est un des principaux actionnaires. Il est élu maire de Chitry-les-Mines le 15 mai 1904 et membre de l'Académie Goncourt en octobre 1907. Il meurt à Paris le 22 mai 1910.

Il puise très souvent son inspiration dans la campagne nivernaise. Il a vécu tout ce qu'il a écrit.

Ses oeuvres complètes ont été notamment publiées, en trois volumes, par la N.R.F. dans la Bibliothèque de la Pléiade.

Oeuvres romanesques :

Crime de village - 1888
Sourires pincés - 1890
L'Écornifleur - 1892
La lanterne sourde - 1893
Coquecigrues - 1893
Deux fables sans morale - 1893
Le Coureur de filles - 1894
Histoires naturelles -1894
Poil de carotte - 1894
Le Vigneron dans sa vigne - 1894
La Maîtresse - 1896
Bucoliques - 1898
Les Philippe - 1907
Patrie - 1907
Mots d'écrit - 1908
Ragotte -1909
Nos frères farouches - 1909
Causeries - 1910
L'Œil clair - 1913
Les Cloportes - 1919

Théâtre :

La Demande - 1895
Le Plaisir de rompre - 1897
Le Pain de ménage - 1898
Poil de Carotte - 1900
Monsieur Vernet - 1903
La Bigote - 1909
Huit jours à la campagne - 1912

Journal :

Journal 1887-1910 - 1925



Manuel DURAND

De 1992 à 1994, il se forme à l'Ecole Régionale d'Acteurs de Cannes, et participe à deux spectacles du festival in d'Avignon.

Il joue, les auteurs du répertoire : Marivaux (le triomphe de l'amour mis en scène par Chantal Trichet à la Cartoucherie de Vincennes), Feydeau (Un fil à la patte par Isabelle Nanty, On purge Bébé! par Régis Braun au CDN de Nice), Sacha Guitry (Un sujet de roman avec Michel Aumont et Geneviève Casile au Théâtre du Palais Royal), Carlo Goldoni (Le véritable ami par Fabrice Cals et Nils Ohlund au Théâtre du Lucernaire) ou encore Shakespeare, dans l'adaptation d'Un autre songe d'une nuit d'été..

Son travail l'amène aussi à côtoyer de nombreux auteurs contemporains, parmi lesquels Grégory Motton (La terrible voix de Satan mis en scène par Claude Régy ), Philippe Miniyana (Murder par Robert Cantarella), Botho Strauss (Kaldewey, farce par Pierre Laneyrie), Romain Weingarten (L'été par André Tardy au CDN de Saint-Etienne), Fernando Pessoa ( l'Heure du diable), Francis Ponge... Il participe aussi à quelques créations collectives : Ecce Homo par le groupe Athanor, Réussissez votre chute au Théâtre national de Marseille. Il joue dans Madame Sans-Gêne, mis en scène par Alain Sachs au côté de Clémentine Célarié. En 2003-2004, Il la retrouve au Théâtre Essaïon puis au théâtre du Temple pour des improvisations dans le spectacle Le Cabaret de Clémentine.

Lors de la saison 2005-2006, au théâtre Hébertot, il joue dans Moins 2 écrit en mis en scène par Samuel Benchetrit.

Sur une idée de Jean-Louis Trintignant, il crée conjointement avec Clémentine Célarié et ce dernier, Le Journal de Jules Renard, au Théâtre Hébertot.

Fanny Ardant, Anna Mouglalis, Hélène Fillières, Joëlle Belmonte vont successivement collaborer à ce travail. Tournée à l'automne 2007 (Canada, France ), Théâtre du Rond-Point en 2008.

Il travaille actuellement sur son propre spectacle.



Jean-Louis BÉRARD

Formations :

2005-2006
Formation théâtre et chant autour de Boris Vian à l'IMFP (Salon de Provence)

2002-2003
Formation masque et théâtre avec la compagnie Le Passeur (Sigonce)

1995-2002
Cours de Théâtre avec la compagnie Jubilo label bleu (Pélissanne)

1959
Conservatoire d'Art Dramatique de Montpellier


Experiences :

2007
Tournée avec Moins Deux (janvier à Avril) & lectures Journal de Jules Renard

2006
Le Facteur de Néruda / Lectures Journal de Jules Renard

2005
Le Facteur de Néruda

2004-2005
Tournée du spectacle Pavlovsky : ATP Alès, Festival du théâtre hispanique à Paris, TNA à Alger, ATP à Uzès.

2004
La Périchole - théâtre de Tarascon
La Mort de Marguerite Duras - festival France Culture à Nîmes

2003
Potestad

2002
Spectacles poétiques : Gourmandises / Victor Hugo / Poésie arabe & francophone du Maghreb

2001
Court Métrage Embrasse-moi mortellement de Stéphane Rampal.

2000
Récitant du spectacle Les Jardins d'Orient (danse, musique, calligraphie et poésie arabes). Avignon/Montpellier
Lecture de textes poétiques d'Henri Michaux - avec J-L Trintignant /Aix en Provence
Poésie anarchiste (Gaston Coutet, Clovis Hugues, ferré...) avec J-L Trintignant & F. Chatriot. Festival de Poésie du Tholonet.
La comédie des apparences de Prévert - Festival d'Eté de Gordes avec J-L Trintignant, D. Delorme.

1999
Lecture de poèmes de René Char - Festival de poésie du Tholonet
Une âme à la mer (Henri Michaux) - Festival off d'Avignon

1997
La place du mort - court métrage de Sébastien Drouin (1er prix Festival du film policier de Cognac en 2000.

1959 à 1998
Études médicales et exercice de la médecine générale

1961
Joue avec le Centre Dramatique du Languedoc, Tournée avec Le légataire universel de Régnard.

1960
Membre de la troupe étudiante Les Escholiers du Languedoc (Montpellier)



Joëlle BELMONTE

Joëlle Belmonte, oeuvre depuis longtemps pour le théâtre, le récital, la scène en général où elle occupe les fonctions les plus variées :
Danseuse de Rock Acrobatique, Assistante artistique, Directrice de Production...
Son parcours et son univers du monde des arts lui font rencontrer de grands noms : Barbara, Zouc, Serge Gainsbourg, Jane Birkin, Gilbert Bécaud, Lambert Wilson, Diane Dufresne...
Son goût de la scène se renforce et elle participe avec enthousiasme à l'élaboration de nombreux spectacles vivants : Julia Migenes "La Argentina", Hanna Schygulla "Quel que soit le Songe" Ariane Ascaride "Le Grand Théâtre" Agnès Jaoui "Historias de Amor"....

Son activité dans le monde artistique se développe dans une plus grande diversité : notamment celle de créations scéniques différentes de celui du monde de la chanson : la nouvelle manière de présenter des œuvres essentielles ou singulières, celle des lectures de textes, la fait côtoyer ces voix qui donnent vie aux mots, ces voix qui font que l'écriture crée l'émotion sonore.

Elle collabore à la création du festival littéraire "Le Marathon des Mots" à Toulouse. Elle fréquente les talents les plus divers :
Patrice Chéreau, Fanny Ardant, Bernard Pierre Donnadieu, Sami Frey, Daniel Mesguich....

Lorsque Jean-Louis Trintignant, avec qui Joëlle travaille depuis quelques temps, lui propose de se joindre à sa petite troupe, pour la lecture du " Journal de Jules Renard ", elle n'hésite pas trop longtemps pour accepter d'être, cette fois-ci sur la scène, et non pas devant, ni derrière....

Tournée "Le Journal de Jules Renard" avec Jean-Louis Trintignant, Manuel Durand, Jean-Louis Bérard - Automne 2007.






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APOLLINAIRE (1880-1918)
Poèmes à Lou - Zone

Musique Daniel Mille et Erik Satie
Accordéon, arrangements et direction musicale Daniel Mille
Violoncelle Grégoire Korniluk


Originaire du Gard, le jeune Jean-Louis Trintignant va au collège à Avignon. Il suit des études de droit quand il assiste le jour de ses dix-neuf ans à une représentation théâtrale qui changera sa vie : l'Avare, mis en scène par Charles Dullin, dont il décide de suivre les cours à Paris. Au cours de sa longue carrière tant cinématographique que théâtrale, Jean-Louis Trintignant jouera dans plus de 130 films, dont notamment Z de Costa-Gavras (Prix d'interprétation à Cannes 1969) et le Conformiste de Bertolucci. C'est avec Un homme et une femme de Lelouch que Jean-Louis Trintignant accède au statut de vedette en 1966. Travaillant avec Rohmer (Ma nuit chez Maud, 1969), Deville et Truffaut (Vivement dimanche!, 1983), il navigue entre le cinéma d'auteur le plus novateur et les films grand public. Récemment, on a pu le voir dans Trois couleurs - Rouge de Kieslowski et Ceux qui m'aiment prendront le train de Chéreau. Au Théâtre, il a joué dans plus de 30 pièces - ne citons que La guerre de Troie n'aura pas lieu sous la direction de Jean Vilar au Festival d'Avignon dans la Cour d'honneur en 1962 et le rôle-titre dans Hamlet sous la direction de Maurice Jacquemont. Jean-Louis Trintignant joue actuellement dans Moins deux de Samuel Benchetrit.

Le rêve de Jean-Louis Trintignant de donner à entendre les mots d'Apollinaire dans la Cour d'honneur a croisé le désir du Festival d'Avignon de faire une place particulière à la poésie et aux poètes cette année. Et quel poète, Apollinaire, qui nous parle dans une douce mélancolie du désir, de la guerre, de la mort et de la vie. Accompagné par deux musiciens, Daniel Mille à l'accordéon et Grégoire Kornulik au violoncelle, la voix inoubliable de Jean-Louis Trintignant donne corps à cette langue. Sous les étoiles, assis devant une petite table, il dit des extraits des Poèmes à Lou et du recueil Alcools, relayés par la musique d'Érik Satie et de Daniel Mille. En 1914, Guillaume Apollinaire tombe fou amoureux de Louise de Coligny, alias "Lou". Exaspéré par les rebuffades successives de la belle, il décide de s'engager dans la Grande Guerre et est incorporé au 38e régiment d'artillerie à Nîmes. De là, il écrira à sa bien-aimée des poèmes enflammés, correspondance où l'image hallucinée de Lou se mêle à celle des tranchées. Ces lettres sont devenues Poèmes à Lou.




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