"Live is a miracle" in Buenos Aires

"No Smoking, ça ne veut pas dire ne pas fumer mais ne pas se laisser avoir par l'autorité, le pouvoir…" "Dr" Nelle Karajlic

Un savant mélange de rythmes country, de marches turques, de cuivres gitans, de sons sud-américains, de réminiscences western, de musette, de tradition tzigane…
Bref, les compositions du No Smoking Orchestra sont des ovnis musicaux protéiformes, totalement uniques et inclassables…Et c'est sur scène que le groupe prend toute son ampleur : musique endiablée, textes contestataires et performances scéniques loufoques invitent le public en transe à rejoindre le No Smoking dans leur délire psychédélique.

Mais si le No Smoking Orchestra, véritable fanfare punk gitano-balkanique, est un groupe festif par excellence, ses racines en font aussi un symbole du combat pour la liberté d'expression : leur inspiration a toujours été étroitement liée au contexte politique de leur pays d'origine, la Yougoslavie.
Le No Smoking Orchestra, de son vrai nom "Zabranjeno Pusenje" en serbo-croate, se forme en 1980 à Sarajevo en réaction au régime totalitaire du maréchal Tito. Ils écument les petites salles locales pendant quelques années et deviennent rapidement la figure emblématique du "New Primitivism", mouvement culturel d'opposition issu des années de transition qui ont suivies la mort de Tito.

La sortie de leur premier album, "DAS IST WALTER", en 1984, qui rencontre un véritable succès populaire (100 000 exemplaires écoulés en quelques semaines), de même que leur participation à un journal TV satyrique sur le monde politique yougoslave, les confortent dans ce rôle de groupe contestataire, porte-parole d'une génération qui a soif de liberté.
Mais le régime post-communiste yougoslave reste porté sur la censure, et leur album est retiré de la vente, la quasi-totalité de leurs morceaux interdits en radio.
Le groupe est dès lors dans le viseur du gouvernement, et lorsque le leader du groupe, Nelle Karajlic, ironise lourdement sur la mort du Maréchal Tito lors d'un concert, le boycott total est aussitôt décrété par les autorités.

Le No Smoking prend malgré tout le risque de sortir un second album, "DOK CEKAS SABAH SA SEJTANOM" ("En attendant le sabbat avec le diable"), dont les ventes s'avèrent forcément catastrophiques. Fragilisé, le groupe va alors connaître un période d'incertitude, et perdre plusieurs de ses membres.

Mais, tel le phénix, il renaît de ses cendres encore plus motivé, avec de nouvelles recrues, dont Emir Kusturica, le célèbre cinéaste, qui rejoint l'aventure en 1986. Il partage les idées et l'engagement du groupe, les connaît depuis leurs jeunesses respectives à Sarajevo, et c'est tout naturellement qu'il devient guitariste du No Smoking.
Dans la foulée, ils sortent leur troisième et quatrième albums, "POZDRAV IZ ZEMLJE SAFARI" ("Meilleurs vœux du pays des safaris") en 1987, et "MALE PRICE O VELIKOJ LJUBAVI" ("Petite histoires d'un grand amour") en 1989, dans une période de changements drastiques en Yougoslavie, qui leur permet de s'exprimer plus librement.
Mais ces changements s'avèrent surtout énonciateurs du conflit à venir, et, alors que la crise couve, le groupe se dissout…pour mieux se reformer en 1994 à Belgrade, sous l'impulsion de son fondateur, Dr Nelle, avec de nouveaux membres dont le batteur Stribor Kusturica, le fils d'Emir.

Cette nouvelle formation est celle que nous connaissons toujours actuellement. Elle compte pas moins de 12 musiciens : chant, guitares, accordéon, basse, violon, tuba, batterie, saxophone…Ils créent à partir de cette association originale, un style musical qui n'appartient qu'à eux, et que Stribor décrit comme le "Unza, Unza", mélange de musiques traditionnelles et contemporaines, dont la rythmique "fait unza, unza"…

Après un 1er album prometteur ("JA NISAM ODAVLE" en 1997), Emir Kusturica, dont la carrière de réalisateur est à son sommet, va leur demander de s'occuper de la musique de son film "Chat noir, Chat blanc", et le succès est fulgurant. Le film est récompensé par un Lion d'argent au festival du film de Venise et porté au pinacle par les cinéphiles du monde entier : l'association entre le génie de l'image du cinéaste, et le talent de composition du groupe, créent une atmosphère unique, mélangeant univers déjanté et tradition.
Le groupe qui est dès lors projeté sur le devant de la scène, sort l'album studio "Unza, Unza Time" en 2000 (qui se vendra à plus de 100 000 exemplaires), et entame une première tournée mondiale.

En 2004, ils collaborent à nouveau avec Emir et composent la bande originale de "La vie est un miracle", qui sera multi-récompensé (César et Golden Globe du meilleur film européen).
L'association du réalisateur et de son groupe devient alors "officielle" : le "No Smoking Orchestra" devient "Emir Kusturica & the No Smoking Orchestra".

Ils démarrent une nouvelle tournée mondiale de plus de 200 concerts qui les fait passer par la France, l'Israël, l'Italie, l'Argentine, la Turquie, l'Espagne…
Et c'est pendant cette tournée triomphale qu'ils décident de créer l'événement en captant l'une de leurs plus belles dates, à Buenos Aires le 3 mars 2005, qui sort aujourd'hui en CD et en en DVD.

Avec "Live is a Miracle in Buenos Aires", nous pouvons enfin profiter du meilleur du No Smoking Orchestra : leur énergie délirante et communicative prise sur le vif lors d'un concert spectaculaire et festif, devant une foule venue faire la fête avec eux aux sons de "Pitbull Terrier" ou encore "Was Romeo really a jerk ? "…




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