"LA DOULEUR"
de Marguerite Duras

Mis en scène par Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang


RESUME

La dernière guerre, Marguerite Duras l'a vécue tout à la fois comme femme dont le mari avait été déporté, comme résistante, mais aussi, comme écrivain. Lucide, étonnée, désespérée parfois, elle a, pendant ces années, tenu un journal, écrit des textes que lui inspirait tout ce qu'elle voyait, ce qu'elle vivait, les gens qu'elle rencontrait ou affrontait. Ce sont ces récits et des extraits de son journal, que Marguerite Duras a réunis sous le titre La Douleur.

La Douleur est un récit autobiographique, le journal de l’absence éprouvante, de l’attente chargée de menaces, de la peur atroce, écrasante, du désespoir, de la honte de vivre en attendant le retour de Robert Antelme (Robert L. dans le texte), son mari, déporté dans un camp allemand. Elle ignore en cet avril 45, printemps de la Libération, s’il est toujours vivant. Errante dans une ville assommée, courant de bureau en bureau, maudissant son téléphone, ne mangeant plus, ne dormant plus, elle attend, elle guette, elle cherche le moindre signe d’espoir. La guerre continue en elle alors qu’alentour la joie de la Libération s’extériorise. Son groupe de résistants se réorganise pour encadrer le retour de ceux qui en revienne. Lui aussi en reviendra, dans un corps où la vie n’a plus de poids.


Avec la complicité de Thierry Thieû Niang, Patrice Chéreau met en scène l’une de ses actrices fétiches, la saisissante Dominique Blanc. Elle interprète l’un des textes les plus troublants de la littérature d’aprèsguerre : le journal de Marguerite Duras, dans lequel elle consigne sa vie après la libération de Paris et l’attente du retour de son mari, prisonnier des camps. Dominique Blanc fait résonner, jusque dans ses silences, ses soupirs, la simplicité et l'intensité de l’écriture durassienne.



Dominique Blanc

Dominique Blanc est née à Lyon le 25 avril 1959, d’un père accoucheur et d’une mère infirmière. Débarquée à Paris, elle y exerce différents petits métiers pour pouvoir payer ses études au cours Florent où elle est admise, en classe libre, en 1979. En 1981, elle apparaît pour la première fois sur scène dans "Peer Gynt", que Patrice Chéreau met en scène au TNP de Villeurbanne. Une rencontre qui portera ses fruits car le réalisateur/metteur en scène et la comédienne se retrouveront de nombreuses fois par la suite.

Tout en poursuivant sa carrière sur les planches, la jeune femme se consacre un peu à la télévision ("Shanghai Skipper" en 1985) et débarque au cinéma dans un premier rôle où l’on remarque immédiatement ses grands yeux tristes et sa beauté échappée d’un muet des années 20 : elle est une très émouvante alcoolique anonyme dans La Femme de ma vie (1986) de Régis Wargnier, qui devient son réalisateur fétiche.

En 1989 elle décroche le césar de la Meilleure actrice dans un second rôle pour son interprétation d’une lesbienne libérée dans Milou en mai de Louis Malle, rôle qui la révèle une seconde fois au grand public. Elle conte fleurette à Pierre Arditi dans Plaisir d'amour (1990) revient dans sa campagne natale dans L'Affût (1991) incarne une chanteuse de bastringue dans Indochine (1991) (deuxième César), une ouvrière du Nord de la France dans Faut-il aimer Mathilde ? (1993) ou encore Henriette de Nevers dans La Reine Margot (1993) Des personnages de composition souvent éloignés les uns des autres, avec cependant une prédilection pour les femmes simples, en phase avec la réalité quotidienne.

Omniprésente sur les écrans français, on a pu la retrouver dans le rôle d’une voisine bienveillante dans Le Lait de la tendresse humaine (2001) en épouse effacée et maternelle de Jean-Pierre Léaud dans Le Pornographe (2001) aux côtés de Michel Piccoli dans le film de ce dernier. L’actrice aux quatre César est actuellement à l’affiche du Capitaine Achab de Philippe Ramos.


Patrice Chéreau

Né en 1944, Patrice Chéreau passe son enfance à Paris avec deux parents peintres qui lui transmettent très jeune le goût des arts. En 1966, il prend la direction du Théâtre de Sartrouville, où il monte des pièces impliquées politiquement. Après avoir acquis une réputation internationale, jouant les plus grands auteurs classiques, il sort son premier long métrage, « La Chair de l'orchidée », en 1974. Entre théâtralité et réalisme, ses films reflètent sa personnalité, mais aussi une intensité des relations toujours présente. A partir de 1983, il dirige pendant huit ans le Théâtre des Amandiers à Nanterre. C'est en 1994 avec « La Reine Margot », vaste fresque théâtrale mettant en scène Isabelle Adjani, Daniel Auteuil et Jean-Hugues Anglade, qu'il rencontre un véritable succès public. Il revient ensuite à des films plus intimistes, comme « Ceux qui m'aiment prendront le train » (1998), « Intimité » (2001), « Son frère » - Ours d'argent à Berlin en 2003 - ou encore « Gabrielle », sélectionné au Festival de Venise en 2005 et dans lequel il dirige Isabelle Huppert. La même année, il propose une version très personnelle du célèbre « Cosi fan tutte » de Mozart. Réalisateur et metteur en scène inspiré, Patrice Chéreau signe des oeuvres organiques, au chaos parfaitement orchestré.



Note d’intention

Envie d’abord de retravailler avec Dominique Blanc, envie de partager quelque chose, de faire exister ce quelque chose.
Envie alors de se confronter à ce texte terrible. De se ressouvenir de ça : la Résistance, la Libération, les camps, cette période impensable et qu’on a oubliée. Et puis le retour incroyable de cet homme dont Marguerite Duras s’est séparée et qu’elle aime, l’horreur de l’attente, la splendeur de sa résurrection à lui – qui est aussi un peu son oeuvre à elle.
L’espoir fou.

Transmettre tout cela, humblement, à des spectateurs.





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