Artiste hors-normes, très populaire en Algérie aussi bien que dans la diaspora communautaire française, Biyouna a grandi au milieu du quartier Belcourt à Alger dans une famille ouverte aux arts. Elle monte très tôt sur les planches et apprend ses premières figures de danse à quatorze ans. Déjà habitée par la passion du chant, elle fait partie de plusieurs troupes, d'abord celle de Fadella Dziria où elle assure les chœurs en jouant du tambourin, puis une autre qu'elle dirige avec sa complice Flifla, enfin la sienne où elle est la chanteuse principale et devient une animatrice réputée des fêtes de mariages. À dix-sept ans elle débute dans les plus grands cabarets de la ville. La même année, le réalisateur Mustapha Badie la repère et lui fait tourner son premier feuilleton, d'après El Hariq (L'incendie) de l'écrivain Mohamed Dib. Devenue une vedette, elle commence une carrière d'actrice pour la télévision et le cinéma. Les téléfilms succèdent aux séries, elle écrit des sketches, crée ses propres " one woman shows ", puis tient le rôle de… madame Biyouna dans la première sitcom algérienne. Pour se rendre compte de sa notoriété là-bas, il faut se souvenir de ce que représente Coluche ici, avec cet humour et cette générosité qui sont l'apanage de ces humains pas tout à fait comme les autres…
Ce n'est qu'en 1999 qu'elle franchit la frontière de son pays, pour tourner au Maroc Le harem de Madame Osmane avec son compatriote Nadir Moknèche dont elle devient l'actrice fétiche, jouant notamment en 2004 dans Viva l'Aldjérie qui la propulse au niveau des plus grandes actrices. Son nom s'impose dans le milieu du cinéma en France. Au fil de sa trajectoire de danseuse et de comédienne, la musique a toujours été présente dans le cœur de Biyouna, elle le prouve avec Red Zone, un disque singulier paru en 2001, et la première partie du spectacle de Fellag à l'Opéra Comique deux ans plus tard.
L'idée de Blonde dans la casbah était dans l'air depuis longtemps. Biyouna a pris son temps, choisissant avec soin un répertoire franco-algérien qui puise dans les deux cultures. Autour d'elle, il faut citer Joseph Racaille responsable d'arrangements majestueux, Christophe Dupouy associé régulier de Jean-Louis Murat en charge du mixage, sans oublier ses deux anges gardiens : son agent Olivier Gluzman qui l'a signée sur un vrai coup de foudre, et son mari Mokhtar qui a su veiller au grain…
Dès le début du disque on plonge dans un univers luxuriant. Sa voix se fait funambule sur Taali, une mélopée chaloupée qui regroupe deux thèmes écrits par deux grandes figures algériennes. C'est l'un de ces titres mystérieux, chantés en arabe, qui émaillent l'album. Comme l'entraînant El ghafel écrit par le grand Djamel Laroussi qui a tout pour devenir un tube en Algérie, El bareh qui est un hommage à El Hachemi Guerouabi, maître de cette musique des villes qu'on appelle le chaâbi, et Malechamaa, une chanson intimiste, un hymne aux bougies qui " nous illuminent et pleurent des larmes de cire ". Enfin, l'étonnant Tsaabli Ouetmili, un morceau traditionnel qui est sans doute le premier chaâbi country de la planète !
Les titres en français ressemblent à des courts métrages néo-réalistes. L'attendrissant Une blonde platine dans la casbah raconte l'histoire de cette dame qui donne son nom à l'album, accro de Marilyn et qui aimait se laisser envoûter par la musique : il s'agit de la mère de Biyouna, disparue à 84 ans. Le tragi-comique et émouvant Demain tu te maries, avec ses breaks qui tuent, réhabilite Patricia Carli, héroïne oubliée des sixties, et révèle Biyouna en crooneuse de variétés de luxe. N'oublions pas l'irrésistible chanson-gag Les coyotes, portée par un rythme ska accrocheur.
Trois invités de marque sur l'album. Didier Wampas donne la réplique à Biyouna sur Merci, un morceau loufoque qui rappelle le Nino Ferrer des grandes années. L'anglaise Malia prête sa voix de diva black à l'élégant Bismilah, autour du thème du thé qu'on aime tout autant en Angleterre qu'au Maghreb, avec un nuage de lait ou à la menthe… Enfin, Christophe lui offre La Man, un titre planant de sa cuvée 2001, il y injecte même son hululement fantomatique, leurs deux voix se fondant pour une coda surréaliste où il chante en arabe… Pour Biyouna, fan de toujours qui recopiait les textes de Christophe dans un cahier d'écolière, cette rencontre a été un des sommets de l'enregistrement.
Presque plus Algéroise qu'Algérienne, Biyouna est l'icône d'une ville qui n'a jamais arrêté de bouger malgré les violences politiques et les compromissions des différents pouvoirs qui se sont succédés. Son caractère exubérant et son attitude franche gênent d'ailleurs dans certains cercles… Elle pourrait être un personnage excentrique d'Almodovar, ou l'une de ces égéries troublantes que l'on croise dans les vieux films de Fassbinder. Aussi à l'aise avec ses amis parisiens qu'avec les travestis d'Alger qui ont pour elle une affection particulière, c'est une femme libre par excellence qui dévore l'existence par tous les bouts. Elle est amoureuse de la vie, il émane d'elle une force volcanique, un enthousiasme à fleur de peau et une philosophie épicurienne. Si le courant passe si bien avec son public c'est que tout le monde, les hommes comme les femmes, se reconnaît dans ses chansons qui sont des vignettes du quotidien, des petits mélodrames de tous les jours. L'air de rien, elle y glisse ses thèmes de prédilection, la liberté, la paix, l'hospitalité, le bon sens. Elle parle des rapports amoureux, fustige l'intolérance, les mesquineries et la bêtise, et ne rate pas une occasion de se moquer de ceux qui se mêlent des affaires des autres.
Forcément restrictif, le jeu des références permet tout de même d'évoquer quelques connexions : Big Mama Thornton pionnière du blues ancestral, Cheikha Rimitti " mama " du raï, Edith Piaf passionaria intense, Oum Kalsoum grande voix de l'Orient, Ingrid Caven autre actrice-chanteuse divine, Yma Sumac vocaliste de l'extrême, Dalida madone resplendissante, Brigitte Fontaine la déjantée. Il y a un peu de tout ça chez Biyouna mais ce qui fait sa force c'est ce mélange d'intégrité et de folie, son côté rebelle mêlé de tendresse. Elle ne triche pas, elle joue ses chansons autant qu'elle les interprète, à la manière d'une comédienne. Parfois sa voix semble dérailler mais il s'agit d'un dérapage contrôlé, un climax émotionnel qui se traduit par un petit rire ou un étrange vibrato qui vient se lover au cœur d'un refrain.
Reine d'Alger et princesse de Paris, Biyouna transcende les styles. Sa voix brûlante et typée se plaque sur des grooves magiques qui doivent autant à Bob Azzam et Maurice El Medioni qu'à Marianne Faithfull et Jah Wobble. Une musique intercontinentale et interlope où cohabitent rock kitsch, blues baroque, swing arabe, funk reptilien et pop voluptueuse : une collection de magnifiques chansons populaires modernes, tout simplement.
Son album "Une Blonde dans la casbah", sorti chez Naïve en octobre 2006, a été salué par la critique. Et c'est sur les scènes françaises et étrangères, au cours du dernier trimestre 2007, que Biyouna a conquis un nouveau public de fans.
Côté cinéma Biyouna est la comédienne fétiche du réalisateur Nadir Moknèche, dans notamment "Viva l'Aldjérie", et plus récemment "Délice Paloma". Cette artiste a aussi tourné en 2007 dans la série événement de Canal + "La Commune", et dans une série télévisée "Aïcha".
L'année 2008 s'annonce donc riche en projets avec notamment de nouveaux concerts, dont la Nuit Algérienne au Jordan Festival à Amman le 10 juillet, concert au cours duquel Biyouna chante aux côtés de Faudel, Khaled et l'Orchestre National de Barbès. Biyouna tourne également en juillet dans le film "Mauvais Garçon" de David Delrieux.
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